La Chèze : un château qui revit

La Chèze : un château qui revit

7 avril 2012. 7h58. Deux tachéomètres en poche, une masse, un mètre ruban, trois perches, deux réflecteurs, deux trépieds… et deux archéologues sur le pont-levis. Il n’en faut pas plus pour aborder le château de La Chèze (22- Côtes-d’Armor).

19 stations et 3500 points plus tard et quelques thermos de café, nous voilà au bout de ce travail de précision.

Ainsi donc, samedi matin, nous avons entâmé le relevé topographique de ce château trop méconnu du Centre Bretagne, installé confortablement sur les bords du Lié. Il aura fallu huit siècles de patience au « donjon » pour vivre un nouvel assaut technologique, cette fois sans dégâts matériels.
Accueillies sur le site par M. Richard, nous avons ainsi pu prendre la mesure du travail effectué depuis quelques années par une armée de passionnés de tous âges. Depuis 2002, le château sort peu à peu des broussailles, et c’est dans un cadre inhabituellement hospitalier que nous avons pu nous installer, avec une météo particulièrement clémente pour un week-end pascal.

Nous avons procédé par étapes : d’abord les fossés, les murailles du château en partie détruites, avant de pénétrer enfin, dimanche à 11h37, dans la cour du château. Plus d’élévation visible ici, seuls quelques talus nous permettent d’imaginer la présence des logis détruits à l’époque moderne. Quelques murs épars, des vestiges de portes, des marches d’escaliers, un souterrain, une poterne exceptionnellement bien conservée, sont les seules traces visibles de l’occupation passée de ce site historique majeur.
Citée régulièrement depuis 1239, cette forteresse a connu de multiples réaménagements avant que les dernières pierres tombées dans les fossés ne soient vendues pour élever le clocher et l’escalier de l’église de Loudéac, le 25 août 1743. Entre ces deux dates, le site a appartenu à la famille des Rohan, mais également à Olivier de Clisson. Si aujourd’hui les vestiges sont peu connus, ce château était alors la seconde place forte du Porhoët. Il fut finalement abandonné en même temps que son « frère » Josselin vers 1628/1629 : en novembre 1628, la dernière garnison quitte le château de La Chèze pour le laisser au roi.

Depuis une trentaine d’années maintenant, des bénévoles passionnés tentent de faire revivre ce site présenté comme « élément touristique non négligeable pour la commune et la région, mais aussi centre de recherches médiévales de la plus grande importance » (B. Le Moigne, 1982). Plus récemment, une étude du monument a été financée par l’association de sauvegarde du château de La Chèze, présidée par M. Ronan Richard. Ce premier travail d’expert devrait mener à une réhabilitation partielle du site, afin de le rendre accessible et de stopper l’altération progressive des maçonneries encore bien conservées par endroit.
Le relevé topographique mené ce week-end permet d’intégrer l’étude de ce château à un réseau de sites castraux très dense pour la région du Porhoët historique (plus d’une cinquantaine de sites recensés). Il illustre parfaitement la morphologie des châteaux majeurs antérieurs au XIVe siècle et confirme une fois de plus l’intérêt d’une connaissance plus exhaustive de cette zone géographique, jusque là délaissée par les chercheurs.

Beaucoup en ont rêvé, certains regretteront sans doute de ne pas être venus, mais l’essentiel est d’avoir pu compter sur quelques fidèles pour parvenir au bout de cette mission.

Rendez-vous bientôt sur d’autres forteresses bretonnes…

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