Thèse de Lucie Jeanneret : premier repérage de sites médiévaux dans les Côtes d’Armor

Thèse de Lucie Jeanneret : premier repérage de sites médiévaux dans les Côtes d’Armor

Janvier se termine pour Lucie Jeanneret avec un week-end chargé, mais riche en découvertes.

Après une matinée consacrée samedi à la vie de TIMILIN, avec Aram Samb, Françoise Flageul, J-Marc Depluvrez, chef de projet « Bienvenue dans mon labo grandeur nature », Lucie s’est rendue à Ploerdut où elle était attendue par Anne et Jean JORDAN, médiévistes passionnés et fins connaisseurs.

Accompagnée de Jean-Marc et de ses hôtes, elle est montée à l’assaut d’un éperon rocheux qui surplombe leur maison d’une bonne trentaine de mètres, site remarquable qui porte encore les traces d’une activité d’extraction et offre une vue imprenable sur les environs.

Cette rencontre était également l’occasion d’évoquer la Journée du Patrimoine de Pays, Anne ayant proposé son savoir-faire à TIMILIN pour organiser un atelier cuisine médiévale à Pontivy. Merci Anne, car sans toi, nous ne nous serions sans doute pas lancés cette année dans un nouveau projet d’animation. Tu nous donnes une belle occasion de fêter les 10 ans de TIMILIN, espérons que cela puisse se faire dans un cadre d’exception, le château des Rohan, par exemple.

Un repérage qui se poursuit dans le sud 22, point de départ : PLOUGUERNEVEL

Un kig ha fars et un fest noz plus tard, revoilà Lucie sur les routes, de l’autre côté de la frontière départementale, direction Plouguernevel. Françoise fait le co-pilote et découvre, bien qu’installée dans la région depuis 1987, de nouveaux panoramas sur des espaces magnifiques, qu’on ne soupçonne pas malgré leur proximité de la nationale 164.

Lucie n’a pour repère que des informations glânées dans ses lectures. Aujourd’hui, elle cherche à vérifier l’existence de vestiges de fortifications signalées par des prospecteurs au XIXème siècle sur trois lieux dits de la commune de PLOUGUERNEVEL : Coathual , Kerleau, et Kerauffret.

Repérage gagnant, sauf pour le dernier, trop près sans doute de la « ville ». Rostrenen. Kerauffret dont la localisation est effectivement très intéressante, a servi de terrain de jeu aux constructeurs de maisons individuelles hors agglomération. Déjà dénaturé par cet urbanisme décomplexé, le Menhir – nom donné à ce quartier résidentiel – a aussi été jugé propice à un boisement industriel qui gâche définitivement l’intérêt de ce promontoire, tout en témoignant des modèles de développement qui ont dominé une époque pas si lointaine.

En revanche, les deux autres sites ont été préservés de toute atteinte, autre que celle portée par les années que compte un millénaire. Lapins et sangliers s’en donnent à coeur joie, mais l’architecture de terre résiste sans mal à ces occupants. Quant à l’esthétique et à la magie des lieux, évidemment rien à voir avec le kitch extravagant croisé à Kerauffret.

Mille ans d’histoire et d’histoires , incognito, là, juste sous nos yeux.

Les vestiges liés à l’ancien manoir de Coathual sont perdus au milieu d’un bois et soulèvent à nouveau de nombreuses questions. Mais ce site historique est d’une taille conséquente et présente des caractéristiques très différentes de ceux que Lucie a déjà répertoriés. L’autre site identifié vaut également le détour, d’abord parce qu’il permet de découvrir une vallée pittoresque, aux escarpements dignes de n’importe quelle zone de montagne, mais aussi et surtout, parce que pour la première fois, nous avons une organisation complète, en terme d’occupation de l’espace, avec une motte castrale pratiquement construite dans la continuité de la digue d’un moulin.

Sans la présence de ce moulin et l’oeil averti de Lucie, nous aurions fait choux blanc, car nous avions d’abord focalisé notre attention sur un bois situé plus haut, avec des plateformes rocheuses idéales pour surveiller les environs. Très bel endroit, habité de plus par le bruit des chutes d’eau que l’on devine au fond du gouffre. Une énorme pierre moussue atteste d’une utilisation humaine très ancienne de ce promontoire abrupt.

Aucun des deux sites repérés par Lucie lors de cette première sortie exploratoire dans le sud 22 n’est mentionné sur les cartes IGN. Pour chacun d’eux, elle reviendra accompagnée de ses étudiants pour procéder au relevé topographique de ces architectures de terre, une fois le contact pris et les autorisations obtenues auprès des propriétaires.

Développer et partager la connaissance scientifique, un préalable à la valorisation

Comme au Corboulo, la motte féodale de Kerleau se trouve à proximité immédiate d’un circuit de randonnée, en l’occurence, un GR, signe qu’il reste un travail intéressant à faire pour valoriser ce patrimoine méconnu qui passe totalement inaperçu, alors même que sa fonction première était d’être le marqueur d’un territoire.

Pour finir la journée, Françoise a emmené Lucie, quelques kilomètres plus loin, au moulin de Kerbihan, là où elle s’est lancée avec TIMILIN dans l’aventure, en 2002. Puis après avoir vu un nombre incroyable de manoirs au kilomètre carré, pour l’essentiel bien conservés mais souvent à l’abandon, la magnifique chapelle de Trosulon, où plutôt ce qu’il en reste, le bourg de Laniscat, il restait à goûter l’éclat d’un bijou dans son écrin : CORREC, le manoir de Correc.

Et là, surprise encore, en s’enfonçant dans les bois, Lucie tombe sur des élévations en terre impressionnantes, par leur hauteur, mais aussi par l’emprise au sol de la structure : plus de 50 mètres de long. Nulle doute qu’il s’agit d’un travail de main d’homme, mais il ne s’agit ni d’une motte, ni d’une enceinte. Peut-être un piège à gibier…

Et puis à nouveau une digue, les restes d’un moulin, la rivière du Daoulas qui s’enfonce dans le crépuscule, avec en toile de fond ce manoir immense et pourtant sans prétention, si ce n’est dans l’harmonie des lignes, la sobriété d’un équilibre savant, une veille bâtisse silencieuse sauvée de la ruine et de l’indifférence par des propriétaires qui ont su lui rendre son âme.

Demain Lucie sera aux archives de Nantes, la semaine devrait lui suffire pour aller au bout de cette partie du travail entamé en 2009. Elle sera accompagnée par une autre chercheuse qui travaille quant à elle sur les digues et les moulins. Et le week-end prochain, retour en Centre-Bretagne, cette fois pour prospecter du côté de Loudéac.

Beau programme de relevés topographiques en perspective, dont les résultats seront des supports inédits à disposition des classes qui participeront au projet « Bienvenue dans mon labo grandeur nature », pour jouer comme nous à « saute frontière ».

L’étude entreprise par Lucie Jeanneret, suite à l’invitation de TIMILIN, est surtout un matériau exceptionnel pour les collectivités et les associations du patrimoine, qu’elles soient ou non concernées par le périmètre de l’hypothètique Pays d’Art et d’Histoire.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *